Le dimanche 27 septembre 2026, jour de la messe célébrée par Léon XIV à Lourdes, les membres de l'association paloise Vesna 64 ont marché 25 kilomètres jusqu'au sanctuaire. Ils portaient une lettre au pape, que La République des Pyrénées avait présentée la veille : elle lui demande de continuer à faire de l'Ukraine « une priorité de son action humanitaire et diplomatique ». En tête de cette lettre, les civils ukrainiens que la Russie détient, et l'un d'eux en particulier : Oleksandr Malovanyi, champion de slalom et entraîneur, enlevé en mars 2022.
25 kilomètres jusqu'à Lourdes
Vesna 64 est une association franco-ukrainienne basée à Pau. Comme le rappelle Grégory Letort dans La République des Pyrénées, elle a été fondée en 2022, au début de l'invasion russe, pour soutenir à la fois les Ukrainiens restés au pays et ceux réfugiés en France. Laïque et apolitique, elle se dit attachée « à la dignité humaine, la solidarité et le droit de chaque personne à la liberté ».
La venue du pape à Lourdes, les 26 et 27 septembre, a été pour elle l'occasion de se faire entendre. Le dimanche, au milieu des milliers de pèlerins venus pour la messe, un petit groupe a marché, drapeaux ukrainiens sur les épaules. Sur leurs affiches, aux couleurs de la campagne « Ensemble, sauvons les otages ukrainiens » : les plus de 16 000 civils ukrainiens détenus par la Russie, les enfants déportés, et le visage d'Oleksandr Malovanyi, « entraîneur de canoë slalom pour enfants », « sans aucune information sur son sort ». « Nous étions peu nombreux. Mais chaque pas comptait », écrit l'association. Sa marche a été filmée par Maksym, l'un des participants (voir la vidéo).
La lettre devait être remise au Saint-Père par Mgr Mykhailo Romaniuk, recteur de la mission gréco-catholique ukrainienne à Lourdes. « Parfois une lettre n'est qu'une feuille de papier, résume Vesna 64. Et quand elle est portée, étape par étape, 25 kilomètres jusqu'à Lourdes, elle devient une voix. »
Ce que demande la lettre
L'association y demande au pape de continuer à parler de ceux qui ne peuvent pas se faire entendre : les milliers de civils ukrainiens détenus par la Russie, les enfants ukrainiens déportés en Russie, qui doivent retrouver leur famille, et les populations privées de nourriture, d'eau, de médicaments et d'aide humanitaire. Elle évoque séparément Oleshky, dans la région de Kherson, ville occupée que ses habitants ne peuvent plus quitter.
« La liberté d'une personne innocente ne peut pas être une monnaie d'échange. Un enfant ne peut pas être un trophée de guerre. La faim ne peut pas être une arme contre la population civile. » —
Vesna 64, lettre au pape Léon XIV
Trois semaines plus tard, le 16 octobre, Léon XIV a téléphoné à Vladimir Poutine depuis l'hôpital Gemelli de Rome, où il venait d'être opéré, pour lui demander une trêve à Oleshky afin de permettre l'acheminement de vivres et de soins et l'évacuation des civils. Il a renouvelé cet appel le 19 octobre, lors d'un échange avec Volodymyr Zelensky.
Oleksandr Malovanyi, enlevé le 13 mars 2022
Oleksandr Malovanyi a été dix fois champion d'Ukraine de slalom en canoë-kayak et membre de l'équipe nationale de 1994 à 2004. Après sa carrière, il est devenu entraîneur et s'occupait d'enfants. Avec sa femme, Anastasiia, il élève trois enfants à Rykhta, un village de la région de Kyiv.
Le 13 mars 2022, des soldats russes entrent dans le village. Selon le témoignage de sa femme recueilli par le Media Initiative for Human Rights (MIHR), ils lui cassent les doigts pour l'obliger à déverrouiller son téléphone, puis l'emmènent. Il est détenu à Dymer, puis à l'aéroport de Hostomel, où il est blessé à la jambe. Toujours selon le MIHR, il passe ensuite quatorze mois au centre de détention provisoire (SIZO) n° 2 de Novozybkov, en Russie, où il est opéré sans anesthésie. L'association Relatives of Political Prisoners situe ensuite sa trace dans une colonie de Pakino, dans la région de Vladimir. Aucune charge n'a été retenue contre lui. Bien qu'il soit civil, les documents russes l'enregistrent comme prisonnier de guerre.
Sa femme a écrit une lettre, que Vesna 64 a publiée :
« Mon mari n'est pas soldat. Il ne portait pas d'arme. C'est un civil, un homme qui avait le droit de vivre librement. […] Je ne sais pas où il est aujourd'hui. S'il a de l'eau, de la nourriture. S'il est maltraité ou non… Mais je sais une chose avec certitude : le silence tue. » —
Anastasiia, épouse d'Oleksandr Malovanyi
« Il n'est pas un numéro, écrit l'association. C'est un homme. Un père. Un sportif. Un entraîneur. »
Des otages qu'aucun échange ne prévoit
Oleksandr Malovanyi fait partie des plus de 16 000 civils ukrainiens inscrits au registre de l'Ombudsman ukrainien. Contrairement aux prisonniers de guerre, ils ne relèvent d'aucun mécanisme d'échange, et le droit international qualifie leur détention de prise d'otages. Beaucoup sont détenus au secret : c'est pourquoi la campagne « Ensemble, sauvons les otages civils ukrainiens ! » demande que chacun d'eux soit nommé.
En France, des villes répondent à cet appel en parrainant un otage : Louviers, Amboise et Lyon ont ouvert la voie. Comme Vesna 64 à Lourdes, elles refusent que ces noms se perdent dans le flot des actualités.
Votre ville peut parrainer un otage civil ukrainien. Découvrir comment →
_________________________________
Sources
- AFP via La DH — Invasion de l'Ukraine : le pape a demandé à Poutine un cessez-le-feu à Olechky, 16 octobre 2026
- Vesna 64 — Marche vers Lourdes (vidéo de Maksym), Facebook, septembre 2026
- La République des Pyrénées — « Que votre présence en France contribue à faire entendre toujours plus fort cette espérance… » : quand les Béarnais de Vesna 64 plaident pour l'Ukraine auprès de Léon XIV, 26 septembre 2026
- MIHR — Oleksandr Malovanyi (Freedom Ambassadors)
- MIHR — Russians kidnapped a children's coach from Kyiv region and torture him in a penal colony
- Relatives of Political Prisoners — "They kidnapped him in broad daylight and took him away with other prisoners"
