Bordeaux parraine deux otages civils ukrainiens : Olga Baranevska et Oleksandr Yarovyi

Lundi 2 novembre 2026, le conseil municipal de Bordeaux a voté à l'unanimité le parrainage de deux civils ukrainiens détenus par la Russie : Olga Baranevska, éducatrice en crèche de Melitopol, et Oleksandr Yarovyi, enlevé à 22 ans dans un village de la région de Kyiv. Après Louviers, Amboise et Lyon, Bordeaux est la quatrième ville de France à s'engager, et la deuxième métropole.

Un vote unanime

Le texte, porté par le maire Thomas Cazenave, a été présenté au conseil par son adjoint Pierre De Gaétan Njikam. La Ville s’y engage à afficher les portraits d’Olga Baranevska et d’Oleksandr Yarovyi sur les murs de l’hôtel de ville, « afin de les rendre visibles et d’exiger officiellement leur libération par tous moyens diplomatiques mobilisables ».

Une ville qui connaît la valeur de la résistance

La délibération inscrit ce parrainage dans l’histoire de la ville. Bordeaux et la Gironde, rappelle-t-elle, « connaissent la valeur de la résistance » : de 1940 à 1944, le département a compté 5 000 arrestations, plus d’un millier de déportations politiques et près de 300 exécutions au camp de Souge. Parrainer deux civils qui ont refusé de collaborer avec l’occupant, c’est faire vivre cette mémoire. Le geste prolonge aussi le nouveau jumelage de Bordeaux avec Jytomyr, la région où vivent aujourd’hui la mère et la grand-mère d’Oleksandr Yarovyi.

Un dossier porté par les associations bordelaises

Nos remerciements et nos félicitations vont à Thomas Cazenave, aux élus qui ont voté ce texte, et à nos référentes bordelaises, Oleksandra Bertin et Claire Kaiser, ainsi qu’à toute l’association Ukraine Amitié, qui travaillaient ce dossier depuis le printemps. Présidée par Oleksandra Bertin, Ukraine Amitié organise depuis 2022 des convois humanitaires vers l’Ukraine. La campagne a reçu à Bordeaux le soutien de Laurent Fortin, consul honoraire d’Ukraine en Nouvelle-Aquitaine, et d’un comité de soutien bordelais qui réunit universitaires de Bordeaux Montaigne, avocats, artistes et associations, de la Maison de l’Europe à Russie-Libertés, en passant par La Maison Ukrainienne, Haute Gironde Ukraine et Pont de l’Espoir.

La demande avait été rendue publique dès l’été. Le 24 août, jour de la fête de l’indépendance ukrainienne, Ukraine Amitié, la Maison Ukrainienne et le consul honoraire avaient réuni une cinquantaine de personnes dans les rues de Bordeaux, rapportait América Lopez pour France 3 Nouvelle-Aquitaine dans « Plus de 9 000 victimes, 16 000 otages civils, intensification des frappes : à Bordeaux les Ukrainiens dénoncent une guerre qui s’aggrave ». Oleksandra Bertin y rappelait que certains civils sont détenus depuis 2014, et que la Ville avait été sollicitée pour parrainer deux d’entre eux. « Depuis 2022, 400 civils seulement sont revenus de captivité », soulignait-elle. Les associations avaient lancé ce jour-là une pétition pour soutenir ces parrainages et les familles des otages.

Olga Baranevska, éducatrice en crèche à Melitopol

Olga Baranevska était éducatrice en crèche à Melitopol, et retraitée quand l’occupation est arrivée. Sa fille et son petit-fils sont partis pour l’Allemagne ; elle est restée pour s’occuper de ses parents âgés. Elle a refusé de collaborer, continué de parler ukrainien, continué de dire sur Facebook ce qu’elle voyait changer dans sa ville.

Arrêtée le 15 mai 2024 avec son compagnon, elle disparaît pendant quarante-quatre jours. Libérée contre une amende le 27 juin, elle est reprise quelques heures après être rentrée chez elle. L’accusation : avoir collecté et distribué des explosifs. Elle a eu le temps de confier à une voisine que les Russes les avaient emmenés, son compagnon et elle, dans un champ, leur avaient mis des grenades dans les mains et les avaient photographiés.

Condamnée à six ans de prison le 29 novembre 2024, elle est diabétique, a perdu plus de vingt kilos, a été torturée à l’électricité et placée à l’isolement. Ses lettres passent par la censure : c’est dans un langage codé qu’elle a pu dire à ses proches ce qu’elle subissait. Ses filles et son compagnon se battent pour sa libération.

Oleksandr Yarovyi, enlevé à vingt-deux ans

Oleksandr Yarovyi avait vingt-deux ans. Vendeur-conseil dans un magasin de plomberie à Kozarovytchi, près de Kyiv, il s’est servi de son fourgon de travail, dès les premiers jours de l’invasion, pour porter des vivres et des médicaments à ses voisins.

Le 2 mars 2022, des soldats russes font irruption chez lui. Les jeunes gens présents sont emmenés un à un dans la cour, où l’on procède à des simulacres d’exécution ; Oleksandr est battu dans sa cave. Sa famille reste deux mois sans nouvelles. Depuis, on l’a déplacé de Dymer à Hostomel, de Biélorussie à la région de Briansk, puis à la colonie pénitentiaire n° 7 de Pakino, dans la région de Vladimir, où se trouve aussi Oleksandr Malovanyi, enlevé lui aussi dans la région de Kyiv en mars 2022.

Aucune charge n’a jamais été formulée contre lui, aucun procès ne s’est tenu. D’anciens détenus disent qu’il a été contraint, sous la torture, à de faux aveux. En quatre ans, sa mère a reçu de lui une phrase : « Je suis vivant, en bonne santé, tout va bien pour moi. »

Seize mille

Olga Baranevska et Oleksandr Yarovyi font partie des plus de 16 000 civils ukrainiens inscrits au registre de l’Ombudsman ukrainien. Contrairement aux prisonniers de guerre, ils ne relèvent d’aucun mécanisme d’échange, et le droit international qualifie leur détention de prise d’otages. Beaucoup sont détenus au secret : une ville qui les parraine leur rend un nom et un visage, écrit à l’ambassade de Russie pour demander des nouvelles et l’accès du Comité international de la Croix-Rouge, et ne laisse pas leur famille seule.

_________________________________

La campagne « Ensemble, sauvons les otages civils ukrainiens ! » est portée par Pour l’Ukraine, pour leur liberté et la nôtre (PLU), RETURN FREEDOM et l’Union des Ukrainiens de France, avec Civilni Vilni, Civilni v Poloni, Reporters sans frontières, Desk Russie et le Réseau européen de solidarité avec l’Ukraine (RESU).

Sources

Share this post:

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *