Article paru sous le titre » Guerre en Ukraine : une campagne internationale alerte sur le sort des milliers de civils ukrainiens détenus » – Par Faustine Vincent
» Plus de 16 000 personnes ont été kidnappées et sont incarcérées par les Russes, selon le défenseur des droits ukrainien. Trois associations ukrainiennes et une française lancent samedi une initiative pour rompre le silence sur ces crimes encore largement méconnus. «
Oleh Shevandin, champion de kung-fu et militant pro-ukrainien, a été enlevé en 2015 dans la région de Donetsk. Depuis onze ans, son épouse Larysa Shevandina, aujourd’hui présidente de l’association ukrainienne Return Freedom, se bat pour sa libération — et pour celle de milliers d’autres civils ukrainiens capturés par la Russie.
Le nombre de ces détentions a explosé depuis l’invasion à grande échelle de février 2022. Le bureau du défenseur des droits ukrainien en recense plus de 16 000 ; les ONG de défense des droits humains parlent, elles, de plusieurs dizaines de milliers. Un rapport du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, publié en septembre 2025, documente une pratique systématique de la torture contre les civils arrêtés dans les régions occupées.
Contrairement aux prisonniers de guerre, ces civils ne peuvent pas être échangés dans le cadre des conventions de Genève. Résultat : sur 6 422 Ukrainiens revenus de captivité depuis 2022, seuls 409 étaient des civils. Beaucoup sont détenus au secret, sans base légale, sans dossier judiciaire, coupés de tout contact. Larysa Shevandina résume l’enjeu par une formule forte : « L’essence même de la détention au secret consiste à effacer une personne de la société. »
C’est pour rompre ce silence que Return Freedom, deux autres associations ukrainiennes et l’association française Pour l’Ukraine, pour leur liberté et la nôtre ! ont lancé le 23 mai à Paris une campagne invitant les mairies de France, de Belgique francophone et de Suisse romande à parrainer des otages civils. Deux premiers cas sont mis en avant : Oleh Shevandin, et Anastasia Hloukhovska, journaliste de 32 ans disparue depuis août 2023. L’objectif affiché : 100 villes parrainant 200 otages d’ici fin 2026.
L’article évoque aussi les pistes envisagées pour débloquer la situation, entre appel à un mécanisme d’échange international et nomination par Kiev d’un ambassadeur spécial chargé de ce dossier — face à un mur du silence opposé par Moscou, qui refuse tout accès, y compris à la Croix-Rouge.