Le meurtre d’Ibrahim Kudzhanov, civil ukrainien, dans une colonie pénitentiaire russe


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Ibrahim Kudzhanov est décédé début juillet 2026 dans les locaux de la colonie pénitentiaire n°8 d'Omsk, à plus de trois mille kilomètres du village de la région de Louhansk où il réparait des voitures. Si la version officielle russe évoque un second infarctus, pour sa famille, ce décès n'est en rien un accident : cardiaque, privé de soins pendant sa séquestration, Ibrahim était un civil ukrainien que le système pénitentiaire russe a délibérément laissé mourir.

Ibrahim Kudzhanov n'avait jamais pris part à des combats. Chauffeur et mécanicien, il avait exercé des fonctions auxiliaires au sein du bataillon Aïdar* en 2018-2019, avant de revenir à la vie civile. C'est comme civil que le FSB est venu l'arrêter, le 6 février 2024, à l'hôpital où il était soigné pour son cœur.

Pendant soixante et onze jours, Ibrahim ne fut officiellement nulle part, retenu dans un lieu de détention informel à Rovenky, une « peretrymka » sans existence légale**. Selon le récit qu'Ibrahim livra à sa fille Anna lors de sa libération temporaire en mai 2024 — et dont elle constata elle-même les séquelles physiques à son retour —, il y fut battu et torturé à l'électricité. La procédure judiciaire russe ne retint sa détention qu'à partir du 17 avril : deux mois et demi effacés d'un trait.

En octobre 2024, un tribunal d'occupation le condamna à cinq ans et six mois de colonie pénale pour « participation à une organisation terroriste » — le tribunal militaire de Rostov-sur-le-Don*** ayant classé l'Aïdar sur cette liste un an plus tôt. Le jugement portait sur son appartenance passée à un bataillon, non sur un acte commis.

Le tribunal n'avait pas besoin de prononcer de peine de mort. Son état de santé s'en chargerait. Ibrahim était pourtant reconnu invalide, un fait documenté par le dossier médical que son épouse était allée porter en personne depuis la Sibérie. Selon sa famille, les soins et les médicaments lui auraient été délivrés au compte-gouttes. Un détenu cardiaque privé de soins ne meurt pas par accident. Il meurt parce qu'un système l'a décidé.

* L'Aïdar est un bataillon de volontaires formé en 2014 dans l'est de l'Ukraine, intégré à l'armée régulière en 2015. Le  tribunal militaire du district Sud (Rostov-sur-le-Don)l'a classé « organisation terroriste » par un jugement du 25 septembre 2023, entré en vigueur le 22 novembre 2023 — près de quatre ans après le départ d'Ibrahim Kudzhanov de ses rangs. Source : liste fédérale unique des organisations terroristes, Service fédéral de sécurité de Russie (FSB), entrée n°49.

** Une « peretrymka » (перетримка) désigne un lieu où une personne est retenue avant tout enregistrement officiel — parfois sans jamais l'être : ni avocat, ni notification à la famille, ni inscription dans un dossier judiciaire tant que cette étape n'a pas eu lieu. Ce n'est pas un vide administratif accidentel : c'est en ne faisant courir la détention qu'à partir de cet enregistrement que l'État efface, sur le papier, la période où la personne est la plus vulnérable et la moins protégée — celle où, précisément, les mauvais traitements sont le plus documentés dans les témoignages de personnes libérées. Aucune institution, pas même la Croix-Rouge, n'a alors de moyen légal de savoir où se trouve la personne détenue.

Cette pratique n'est pas isolée : la Police nationale ukrainienne a recensé 159 lieux de détention de ce type en territoire occupé et en Russie. Le Mécanisme de Moscou de l'OSCE constatait, en avril 2024, que la grande majorité des civils ukrainiens détenus par la Russie ne sont jamais informés des motifs de leur détention et ne peuvent en contester la légalité — des conditions que le rapport relie directement à la torture et aux disparitions forcées. Sources : rapport du Mécanisme de Moscou de l'OSCE, 25 avril 2024 ; Police nationale ukrainienne.

*** Le tribunal militaire du district Sud (Южный окружной военный суд) est une juridiction militaire russe basée à Rostov-sur-le-Don, à une centaine de kilomètres de la frontière ukrainienne. Depuis l'annexion de fait des territoires ukrainiens occupés, il est devenu le point de passage central pour juger les prisonniers de guerre et civils ukrainiens capturés dans l'est de l'Ukraine, notamment dans le cadre de procès de masse visant des membres du bataillon Aïdar (15 condamnés en octobre 2025, peines de 15 à 21 ans). C'est un tribunal militaire russe de premier niveau, distinct de la Cour suprême.

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